RDC, CONSULTATIONS POUR LA FORMATION D’UN GOUVERNEMENT D’UNION NATIONALE: CLÉS POUR ÉVITER LE CLIENTÉLISME, LA COMPLAISANCE ET LA CORRUPTION …

Par Eric Mwamba   

En six ans depuis son arrivée à la tête de la République Démocratique du Congo, le Président Félix Tshisekedi totalise trois rounds de consultations au sein de la classe dirigeante. En discutant avec des citoyens pris au hasard dans les rues de quinze provinces sur 26 que compte le pays, huit personnes sur dix interrogées ont estimé que les résultats sont en dessous de la moyenne acceptable. Quatre personnes sur dix souhaitent que le Président remette sa démission pour avoir échoué à tenir ses promesses, alors que six autres personnes lui donnent la chance d’améliorer la gouvernance jusqu’à la fin de son mandat en 2028. La plupart des personnes avec lesquelles nous avons discuté comprennent que le principe de loyauté prime dans les nominations à des postes politiques, mais elles estiment qu’il faudrait un équilibrage entre les intérêts des partis et ceux des populations. D’autant plus que la prédominance des critères politiques, voire politiciens, ne favorise pas la bonne gestion des affaires publiques selon le principe de redevabilité qui implique la transparence et la vérité dans la gouvernance du pays. 

Premier round des consultations sous l’ère Tshisekedi

A l’occasion de l’alternance dite civilisée au pouvoir en 2019, le premier round de consultations de l’ère Tshisekedi avait duré malheureusement sept longs mois pendant lesquels les représentants du Front Commun pour le Congo, FCC de Joseph Kabila s’étaient affrontés à ceux du Cap pour le changement, Cach, une coalition entre l’UDPS Tshisekedi et l’UNC de Vital Kamerhe. Pendant cette période, le gouvernement sortant expédiait les affaires courantes. Le cabinet du nouveau président de la république dirigé par Kamerhe en avait profité pour lancer un programme d’urgence connu sous l’appellation du “programme de 100 jours” qui s’était soldé par un scandale de corruption et de détournement de dizaines de millions de dollars et d’un procès judiciaire bâclé.  

 Par ailleurs, les consultations entre les deux camps avaient pondu un gouvernement éléphantesque d’environs 70 ministres, budgetivore dirigé par Monsieur Ilunga Ilunkamba, un professeur et ancien ministre apparemment fatigué sous le poids de l’âge. A 75 ans, il a été extirpé de sa retraite certainement pour des buts inavoués. Ce fut l’un des gouvernements le plus léthargique que le pays ait jamais connu.  

 De blocage de décisions prises en conseil de ministres aux affronts ostentatoires par médias interposés démontrant le manque de solidarité et d’homogénéité entre ministres, voire entre premier ministre et président de la république, l’ex Premier Ministre Ilunkamba fut contraint à la démission. Il eut des consultations dites du palais de la nation qui s’étaient fait par la mise sur pied de l’Union sacrée de la nation, USN. Au parlement, la majorité avait basculé derrière le président Tshisekedi. Malheureusement, cet atout et la nomination d’un premier ministre beaucoup plus jeune, Sama Lukonde n’ont pu apporter au pays la performance institutionnelle. 

Deuxième round  

Judith Suminwa Tuluka, premier ministre
Judith Suminwa Tuluka, premier ministre

Lors de son investiture pour un second mandat, le 20 janvier 2024, le président avait promis de corriger les erreurs du passé. Il faut noter en passant qu’il y a eu quand même trois mois entre l’investiture du Président et la nomination de la PM Judith Suminwa Tuluka. Comme quoi les erreurs du passé ont la peau dure. Judith Suminwa avait à son tour fait “ses” propres consultations pendant deux mois en vue de la formation du gouvernement actuel. Malheureusement, les résultats des promesses sécuritaires et création d’emploi, amélioration des conditions de vie des populations se font toujours attendre, voire s’éloignent davantage.  

Troisieme round

Professeur Dr. Eberand Kashmir Kolongel, conseiller spécial
Professeur Dr. Eberand Kashmir Kolongel, conseiller spécial

Selon le mandat qui lui a été confié le 22 février 2025 par le Président Tshisekedi, le conseiller spécial, Me Eberand Kashmir Kolongele débuté les consultations ce lundi 24 mars 2025 afin de la formation du prochain gouvernement d’union nationale pour faire face à la situation sécuritaire dramatique qui déchire la partie orientale du pays. 

Agir autrement, c’est possible

 Comment éviter le clientélisme, la complaisance et la corruption, des maux qui ont souvent émaillé ce genre d’activités au point que leurs enjeux sont viciés. Avant de répondre à cette préoccupation, il faut d’abord dire pourquoi il y a nécessité d’organiser ces consultations. En effet, l’objectif de ces consultations est de résoudre la crise politique, mettre fin à la guerre, revenir à la normalité politique, sociale, économique, la sécurité, la paix, le développement, la justice sociale équitable. En d’autres termes, il faut bien faire les choses pour avoir les resultats differents de ceux qui ont conduit le pays a la dérive actuelle. Il ne servirait a rien d’investir des fonds publics et du temps dans des consultations semblables a celles d’avril 2024 prelude au gouvernement de la PM Judith Suminwa Tuluka elephantesque, incompetent et incapable face aux enjeux de securite et de developpemt du pays. Tout le monde le sait a fortiori le Président de la République Félix Tshisekedi que des leaders des partis et des plateformes désignent des délégués moyennant des sommes d’argent. Pourtant, dans ce genre de forum l’objectif est de déléguer des personnes ressources qualifiées et compétentes qui viennent partager leur expertise et expérience pour trouver des solutions aux problèmes. Ces personnes ne sont pas uniquement dans des parties, cercles d’amitié ou familles biologiques de l’entourage du chef de l’Etat. Elles sont partout. La question est de savoir comment faire pour dénicher des cerveaux non répertoriés dans la classe politique. C’est l’intérêt de cet article.

 En effet, à l’ère de l’IA, l’innovation serait l’ouverture d’une nouvelle fenêtre sur le site internet de la présidence de la république afin de permettre aux personnes non répertoriées dans la base de données de l’Etat mais qui sont nécessaires a l’heure actuelle. Cette fenêtre permettra à ces personnes d’apporter leurs contributions et éventuellement de déposer leurs candidatures au service du chef de l’Etat. C’est la moindre des choses que la présidence pourrait faire. 

 Cette démarche devrait servir de faire la promotion des assises, de garantir la transparence dans leur gestion financière et l’inclusivité de participation. Il est vrai que les partis politiques sont créés pour prendre le pouvoir, mais le Président de la République a le droit et l’obligation de confier des responsabilités à des personnes capables, qualifiées, compétentes dignes de résultats. 

Jury indépendant  

 Pour éviter le clientélisme, ne faudrait-il pas mettre sur pied un jury neutre et indépendant constitué des personnalités distinguées dans leur parcours y compris en termes de probité morale? Ensuite, publier les critères de participation et faire un appel à toute personne congolaise désireuse de participer à ces assises de postuler dans le respect de critères. Le jury devrait avoir l’opportunité de trier des personnes qualifiées et compétentes qui viennent pour partager leur expérience et faire des propositions constructives, nécessaires à l’élaboration de nouvelles politiques publiques. En l’absence de ce dispositif, on peut se poser légitimement la question de savoir sur quelle base le conseiller spécial du Président va faire ses propositions. Va-t-il faire la même chose que lors des consultations précédentes dont les résultats ont été catastrophiques en espérant bien s’acquitter de son devoir? Quelle expertise les dirigeants issus de ces consultations ont-ils apporté, quel impact, quel changement?  

 Transparence dans la gestion des coûts financiers des travaux 

Une observation suivie montre qu’en RDC, la plupart des initiatives de ce type n’ont pas pour objectif le développement du pays, d’autant plus que dans la plupart des cas, soit leurs résolutions restent lettre morte soit elles sont controversées. A contrario, ces initiatives visent souvent le détournement des fonds publics. D’où, il faut publier les détails des fonds alloués à ces consultations sur un site approprié. Le fait de garder le silence sur le budget, la source de financement, les détails sur les dépenses cacherait l’intention de détournement des deniers publics. L’exemple du projet des 100 jours constitue un cas d’école en la matière d’opacité. Dans un Etat de droit, les citoyens doivent toujours savoir comment l’argent des contribuables est dépensé.  

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